Dario Argento : Suspiria ( 1977 )

Publié le par Travis Touchdown

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Je vous avoue que rédiger un article sur Suspiria n'est pas chose aisée. En effet le film se veut tellement unique que je ne sais pas si je saurai retranscrire réellement le film et son univers. 

Il y a des oeuvres qui vous changent. Suspiria fait partie de ces oeuvres. Je reconnais que pendant longtemps le cinéma Italien n'était pas vraiment ma tasse de thé. Je ne sais pas vraiment pourquoi, enfin si je sais, je ne connaissais pas ce cinéma car j'avais énormément d'a priori dessus.

Vous savez c'est un peu comme certains et le ciné asiatique, ça n'intéresse pas car le style de film à l'air trop différent de ce que l'on a l'habitude de voir, on ne connait pas les acteurs et en plus ils sont jaunes ! ( je plaisante hein ! ) 

Alors qu'en fait il suffit juste de se plonger dans une seule oeuvre pour que l'on se rende compte de la richesse de ce cinéma. Pour le cinéma asiatique il suffit de regarder Park Chan Wook pour que l'on prenne conscience de la beauté du cinéma asiatique ainsi que de son intelligence.

Revenons tout de même au cinéma Italien, pour moi il se résumait à "Cannibal Holocaust" de Deodato. Un film qui traite par le cannibalisme de l'horreur des médias. Ce film même si je l'aime beaucoup m'a empêché de voir d'autres films Italiens. Le style peut être un peu trop violent m'a longtemps empêché de voir que ce cinéma avait autre chose à proposer. 

Alors qu'en fait le cinéma Italien est d'une profondeur et d'une richesse énorme. Le cinéma populaire Italien est réellement excellent. Mais le sujet d'aujourd'hui ne concerne pas ce style de cinéma. En effet c'est au Giallo que je m'intéresse avec le film d'aujourd'hui.

Nous allons donc aborder Suspiria d'Argento.

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Je dois reconnaître que si Argento n'avait pas été à l'origine de la version Européenne de Zombie, je ne sais pas si j'aurai fait l'effort de regarder ses films. Je sais que c'est assez stupide comme raisonnement. Pourtant des fois vous ne vous intéressez à un réalisateur que parce qu'il est associé à un autre réal' que vous appréciez énormément. 

Suspiria...avant de vous expliquer ce que je pense de cette oeuvre, abordons son scénario.

C'est à Fribourg que notre héroïne, Suzy Banner, doit aller pour rejoindre une école de danse très prestigieuse. Dés son arrivée, Suzy se rend compte de l'atmosphère très étrange de ces lieux. Il est dit qu'autrefois cette école était la demeure d'une sorcière que l'on nommait la mère des Soupirs où Mater Suspiriorum.

C'est sur un pitch assez classique que va se dérouler un film qui lorsque je l'ai vu m'a hanté durant un bout de temps. Cette oeuvre fait partie de la trilogie des Mères. Suspiria est le premier de la trilogie. Viendra par le suite Inferno ( tout aussi excellent, je vais faire un article dessus dans peu de temps ) et Mother of Tears ( pas encore vu ).

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Comment décrire Suspiria avec des mots alors que le film est avant tout visuel. Argento a crée un film reposant sur le rouge. Tout le film, quelque soit sont décor se rapprochera du rouge. En effet, Argento arrivera par cet effet à créer un monde à part. Cette utilisation du rouge ou même de la couleur en règle générale, par une sorte de surexposition, créera une sorte d'univers, une école. Cette école deviendra grâce à ce jeu de couleurs, une sorte d'entité vivante, le rouge donnant vie à ce lieu. Il est assez difficile décrire concrètement comment le tout transparaît à l'écran. Il suffit de voir le film pour ce rendre compte de l'importance de la couleur au sein du film et de son déroulement. 

Le film baignera dans une sorte de singularité visuelle. On pourrait croire que la surabondance d'une même couleur pourrait gêner, au contraire. L'utilisation de cette couleur chaude qu'est le rouge nous fait ressentir differentes émotions durant le film. On se sentira tout d'abord réchauffé par l'école qui malgré une ambiance pesante, restera un moment un lieu où l'on se sentira en sécurité.

Puis lors de la seconde partie, ce rouge devient le symbole du sang et de la mort. Et d'un seul coup l'école prend des allures de lieu où la mort nous attend à chaque porte. Tout est possiblement mortel dans cette maison.

C'est en cela que je trouve l'oeuvre d'Argento forte car le scénario passe au second plan. Toute l'oeuvre est avant tout quelque chose que l'on voit, que l'on ressent. S'ajoute à cela une manière de filmer très particulière où l'espace n'a plus de lien, les lieux amènent n'importe où. De par cette manière de film ressort une impression où la fuite semble inutile. On a vraiment l'impression qu'il est impossible de ressortir de cette maison. Tout nous ramène à elle.

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Mais le film aussi visuel qu'il puisse être et renforcé par une bande son magnifique. 

Nous devons la bande son à Goblin, groupe de rock progressif qui travaillera avec Argento pour certains de ses films. Il faut avouer que toute l'ambiance du film est renforcé par cette musique très "spécial". Elle est en accord parfait avec les images. L'un ne va pas sans l'autre. Il suffit d'entendre le générique du début lorsque Suzy prend le taxi pour aller à l'école. Dans cette séquence raisonne la musique de Goblin alors que Suzy dans on taxi traverse ce qui semble être une foret. Je ne saurai comment vous décrire cela et je vous invite donc à voir le film pour que vous saisissiez ce que je tente de vous dire.

Voila qui est un assez bon exemple de ce que je vous disais au dessus concernant l'espace. Alors que Suzy sort de l'aéroport, elle appelle un taxi pour aller à son école. Durant ce voyage nous pouvons voir Suzy arriver en ville pour ensuite partir dans une sorte de forêt qui la mènera jusqu'à l'école qui semble pourtant être au centre de la ville. Argento joue avec le spectateur pour lui faire perdre ses repères. Il nous montre clairement dés l'introduction qu'il ne vaut mieux pas penser à chercher une logique dans tout ça. Il est le maître du jeu et il nous le montre...

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Et le scénario ? 

On pourrait penser que Suspiria n'est qu'un film visuel et que le reste ne compte pas. Pourtant cela serait sous-estimer Argento. Suspiria à travers ses héroïnes et son décor parlera de l'enfance et du passage à l'age adulte. L'aspect visuel renforçant cette impression. Il suffit de voir les portes du film qui sont pour la plupart trop hautes pour les élèves de l'école. Tout sera fait pour en quelque sorte infantiliser les pensionnaires. Le choix de l'actrice principal n'est pas anodin, elle a un visage très enfantin. Le comportement de l'héroïne et de son amie durant le film renforcera cette impression. Le film renvoie aux peurs enfantines, les bruits de pas, les lieux dans lesquels l'on ne peut aller, l'autorité supérieure. 

La quête de Suzy pouvant se résumer à battre la sorcière n'est en fait qu'une allégorie du passage à l'age adulte. Nous ne pouvons devenir enfant que lorsque nous avons "coupé le cordon" avec nos parents. En l'occurrence la mort de la sorcière, de la Mater Suspiriorum permettra à Suzy de devenir une femme et de voler de ses propres ailes. suspiria3--1-.jpg

 

Nous voila à la fin et pourtant j'ai l'impression de ne pas avoir réussi à vous montrer réellement la force de cette oeuvre. Elle dérange, met mal à l'aise et fait peur. Elle fait peur car elle nous renvoie nos peurs d'enfants tout en nous perdant dans un lieu ou l'espace n'a plus de tangibilité propre. Suspiria restera une oeuvre que je ne me lasserai jamais de voir tant sa beauté mais en même temps sa cruauté me fascine.

 


Publié dans Cinéma

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